Don Giacomo Biffi dans « Un nouvel évangile » (1972. Réed. 2007) dit ce qu’il convenait de penser de la nouvelle pastorale version Vatican II.

Note préliminaire :
Dans l’ouvrage de Don Giacomo Biffi, chacun des prétendus fragments « authentiques » du « véritable Evangile retrouvé » est d’abord présenté en caractère gras, avec en regard le texte de l’Evangile tel qu’il était reçu jusqu’ici, puis il fait l’objet d’un commentaire dans lequel les idées nouvelles se trouvent exposées, avec cette subtile ironie et cette désopilante sagacité qui, feignant d’adopter les arguments des démolisseurs de la foi, les dénonce ainsi d’une manière bien plus percutante qu’un long traité d’apologétique…

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Le Royaume des cieux est semblable à un berger qui avait cent brebis et qui, en ayant perdu quatre-vingt-dix-neuf, reproche à la dernière son manque d’initiative, la met à la porte et, ayant fermé sa bergerie, s’en va à l’auberge discuter de pastorale.

Selon vous, si un homme possède cent brebis et en perd une, ne laissera-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres [en lieu sûr] sur la montagne pour aller à la recherche de la brebis égarée ? Et s’il parvient à la retrouver, il en a plus de joie que ne lui en donnent les quatre-vingt-dix-neuf qu’il n’a pas perdues.

Matth. XVIII, 12-13

Commençons par applaudir les quatre-vingt-dix-neuf brebis perdues ; leur perte n’est pas une perte commune, c’est plutôt une forme de protestation contre la notion même de bergerie.
Cette image de bergerie évoque en effet l’idée d’enclos, de clôture, de ségrégation. Comment les autres pourront-ils s’unir au troupeau, si à un moment donné de leur cheminement ils se heurtent contre une barrière ?
Pour ne rien dire du fait que la vie de ghetto – à l’abri des périls mais aussi des émotions de l’aventure – finit par déformer la personnalité et par engendrer des complexes, d’infériorité ou de supériorité selon les tempéraments, dont il est bien difficile de guérir. Mieux vaut pour une brebis le risque du loup que  la certitude de l’avilissement de la bergerie.
Il peut arriver que le berger ne soit pas suffisamment perspicace pour s’en rendre compte : en ce cas, il faut avoir le courage de lui forcer la main. L’exode de masse, mentionné par la parabole, est le moyen le plus efficace pour faire entendre raison à qui s’obstine à fermer les yeux. Une fois la bergerie démolie, tous pourront revenir ensemble, brebis, loups et autres animaux, et il y aura un seul troupeau sans un seul pasteur.

Mais dans la parabole le pasteur comprend ce qui se passe, de sorte qu’il voit d’un mauvais oeil la seule brebis qui soit restée.
Cet animal – à qui il convient pourtant, en toute objectivité, de reconnaître un certain non-conformisme – suffit à lui seul à gâcher l’aventure d’une époque nouvelle : tant qu’il sera là la bergerie demeurera, et tant que la bergerie demeurera les brebis en liberté éprouveront quelque inquiétude quant à la sagesse de leur évasion. Et cela n’est pas bon : même pour se faire dévorer il faut jouir d’une certaine tranquillité intérieure.

Donc, à la porte, brebis récalcitrante ! Force nous est de te contraindre à la liberté. Ne serait-ce que parce qu’à toi seule tu fais perdre son temps à ton gardien, tu le fatigues, et ainsi tu entraves le progrès de la culture. Ce ne sera que lorsque tu auras courageusement pris le chemin de la forêt que le berger pourra discuter avec ses collègues des moyens les plus adaptés de faire prospérer un élevage. Ce ne sera que lorsqu’il n’y aura plus de bergerie (et plus de brebis) que l’on pourra élaborer en toute rigueur scientifique – sans compromis avec les conditions concrètes et avec la survivance de conceptions dépassées – une vraie et parfaite théologie pastorale.

Giacomo Biffi *, « Un Nouvel Evangile » (Il Quinto Evangelo), Editions du Cèdre – 1972
(fragment N° 20, pp. 69-71).

http://leblogdumesnil.unblog.fr/2007/09/10/prologue/

NDLRB. L’ auteur d’un nouvel évangile est Don Giacomo Biffi, qui était alors curé dans l’archidiocèse de Milan.
Né en 1928, ordonné prêtre en 1950, professeur de théologie, curé, évêque auxiliaire de Milan en 1976, archevêque de Bologne de 1984 à 2003, il fut honoré de la pourpre cardinalice dès 1985.
Monsieur le cardinal Biffi s’est distingué à plusieurs reprises par quelques courageuses interventions, à contre-courant des modes ecclésiastiques et sociétales. En 2007, Monsieur lecardinal Biffi a publié une nouvelle édition, mise à jour, de son« Quinto Evangelo », preuve que cet ouvrage – publié dans les immédiates années post-conciliaires – lui tenait à coeur et lui semblait n’avoir rien perdu de son actualité… Malheureusement !
Son Eminence a été rappelée à Dieu le 15 juillet de cette année 2015, dans sa quatre-vingt-huitième année, elle aurait fêté le soixante-cinquième anniversaire de son ordination sacerdotale le 23 décembre prochain.

 

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A propos Charte de Fontevrault

Royaliste depuis mon entrée en Faculté de Droit et des Sciences économiques, ce qui est d'ailleurs assez tardif, j'ai découvert ma voie dans le royalisme providentialisme, c'est-à-dire le royalisme de de ceux qui s'en remettent à Dieu du point de savoir qui doit être Son Lieutenant en terre de France. La Charte de Fontevrault assure ce combat quotidien dans lequel elle est loin d'être seule, grâce à Dieu. http://www.sylmpedia.fr/index.php/Charte_de_Fontevrault http://www.sylmpedia.fr/index.php/Alain_Texier http://www.sylmpedia.fr/index.php/Providentialisme
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