Une pierre jetée dans le jardin des royalistes providentialistes ? « L’inacceptable drapeau tricolore frappé du Sacré-Cœur », par le cardinal BILLOT. La question du drapeau (1918)

L’inacceptable drapeau tricolore frappé du Sacré-Cœur, par le cardinal BILLOT

La question du drapeau (1918)

Article mis en ligne le 16 février 2013

dernière modification le 14 juin 2018

par MabBlavet

http://www.viveleroy.fr/IMG/pdf/le_figaro_cardinal_billot_sacrecoeur_1918.pdf

Emblème du national-catholicisme, le drapeau bleu-blanc-rouge frappé du Sacré-Cœur consacre le mariage contre-nature des catholiques avec la Révolution. Au même titre que la croyance en une bonne assemblée délibérante, le drapeau national ainsi baptisé, relève du vieux mythe de la bonne république chez les catholiques. Dans un article du Figaro daté du 4 mai 1918, le cardinal  Louis Billot — grand théologien dont on connaît l’orthodoxie et l’antilibéralisme combatif — revient sur ces assemblages artificiels d’éléments aussi opposés qu’il qualifie de « chimères », autrement dit, si l’on se réfère au dictionnaire : de monstres, d’idées fausses, de produits d’une vaine imagination.

 Un prélat traditionaliste : le Cardinal Billot  https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Billot

Né le 12 janvier 1846 à Sierck-les-Bains, Louis Billot est un théologien et jésuite français.

  • Ordonné prêtre le 22 mai 1869, il enseigne l’Écriture sainte à Laval, puis la Théologie dogmatique à Angers et plus tard au scolasticat de Jersey.
  • En 1885, il est appelé par Léon XIII pour enseigner à l’Université grégorienne. Il est nommé, par saint Pie X, consulteur au Saint-Office et est réputé pour avoir grandement participé à la rédaction de l’encyclique Pascendi qui condamne le modernisme.
  • Il est créé cardinal au consistoire du 27 novembre 1911.
  • Il devient président de l’Académie pontificale Saint-Thomas d’Aquin et membre de la Commission biblique pontificale.

Les traités de théologie qu’il a publiés entre 1892 et 1912 le font considérer comme un des plus grands théologiens de son époque. C’est un rude ennemi du libéralisme, du modernisme et du Sillon. Il est extrêmement réservé quant à l’Action catholique.

En désaccord avec Pie XI au moment de la condamnation de l’Action française, il est reçu en audience par le pape le 13 septembre 1927, une audience dont il ressort… sans son chapeau de cardinal. Redevenu simple jésuite, il meurt à Rome le 18 décembre 1931 et est enterré au cimetière de Campo Verano.

Le 4 mai 1918, il intervient, grâce à une lettre au Figaro, dans la « campagne » qui fait alors rage et qui vise à « obtenir des pouvoirs publics l’adjonction de l’image du Sacré-Cœur au drapeau français ».

 Introduction de la lettre par le Figaro

Cardinal Billot. La question du drapeau, Le Figaro, 4 mai 1918.

On se rappelle la campagne, fort peu sage en vérité, dont un groupe de catholiques prirent, au cours de la guerre, l’initiative, et le mouvement, vite arrêté, qui s’ensuivit dans le dessein d’obtenir des pouvoirs publics l’adjonction de l’image du Sacré-Cœur au drapeau français.
Cette campagne, que notre épiscopat se garda d’encourager, que plusieurs évêques condamnèrent même publiquement, et que le Saint-Siège déconseilla par des instructions envoyées aux cardinaux de France, instructions qui ne furent pas publiées en leur texte, mais dont il me fut permis de produire une exacte analyse, cette campagne, dis-je, quelques-uns songeraient à la reprendre comme si Dieu avait mis vraiment au salut de notre pays une condition que tout esprit bien équilibré jugera, quoique par ailleurs il en pense, impossible à réaliser.
Toujours est-il, que beaucoup de nos généraux – sans parler des démarches tentées à maintes reprises auprès des personnages politiques les plus divers, voire les plus hauts placés – reçoivent depuis quelque temps des lettres où on les avertit charitablement qu’ils perdront leur peine aussi longtemps que cette condition n’aura pas été remplie.

Et les requérants s’appuient sur les « révélations » de Mlle Claire Ferchaud, dont le cas est présentement soumis à l’examen d’une commission nommée par l’évêque de Poitiers ; et les « révélations » de cette voyante – il ne s’agit de contester ni sa bonne foi, ni sa piété – se raccordent à un prétendu message que le Sacré-Cœur aurait chargé la bienheureuse Marguerite Marie de transmettre à Louis XIV, qui, d’ailleurs ne le reçut jamais.

Or, voici que le cardinal Billot, dans une lettre dont je tiens à grand honneur de pouvoir donner la primeur aux lecteurs du Figaro, vient de prendre position fort nettement contre la campagne dont je viens de parler. Le cardinal Billot, jésuite français résidant à Rome, jouit, comme théologien, d’une très grande autorité. En outre, il est renommé dans le monde entier pour le radicalisme de son intransigeance doctrinale. Personne assurément ne sera tenté d’attribuer son attitude – toute pareille en l’occurrence à celle des libéraux – à je ne sais quelle complaisance pour les faiblesses de la société moderne.

 La lettre du Cardinal Billot au Figaro

La question de l’authenticité des messages du Sacré-Cœur destinés à Louis XIV (VLR)

Rome, 23 mars 1918
Bien cher Monsieur,

Vous me demandez mon avis sur les prétendues promesses d’après lesquelles la grandeur matérielle de la France serait la consécration de la réalisation littérale du désir exprimé à la bienheureuse Marguerite-Marie : « que l’image du Sacré-Cœur soit officiellement gravée sur les armes, peinte sur les drapeaux, etc. »

Tout d’abord, une question préalable. Les révélations de la bienheureuse Marguerite-Marie concernant la France, ou plutôt le roi de France Louis XIV (car c’est lui que nous voyons constamment nommé dans les quatre lettres à la mère de Saumaise et au P. Croiset qui sont les seuls documents sur lesquels on s’appuie) ces révélations, dis-je, viennent-elles véritablement de Dieu ?*

On serait fondé à en douter quand on met en regard, d’un côté, l’orgueil de Louis XIV, son insatiable ambition, ses guerres de conquête, son attitude si hautaine et si insolente vis-à-vis du Saint Siège, son rôle dans l’éclosion de la grande erreur gallicane dont il fut le premier auteur et le principal inspirateur etc. [1] et, de l’autre, des phrases comme celle-ci :

Fais savoir au Fils aîné de mon Sacré-Cœur que mon cœur veut régner dans son palais, être peint sur ses étendards et gravé dans ses armes pour les rendre victorieuses de ses ennemis, en abattant ces têtes orgueilleuses et superbes, pour le rendre triomphant de tous les ennemis de la Sainte Église.

Ne croirait-on pas qu’il s’agit d’un Charlemagne ou d’un Saint Louis, et que les ennemis du grand roi étaient précisément ceux du royaume de Dieu ? Et n’y a-t-il pas quelque chose de bien étrange dans cette idée du Sacré-Cœur abattant les têtes orgueilleuses et superbes au pied d’un homme plus superbe et plus orgueilleux encore ?

* NOTE du FIGARO :
Le cardinal Billot fait remarquer ici fort à propos que « l’Église, en canonisant ses saints, ne se porte jamais garante de l’origine divine de leurs révélations », et que, de plus, « il y a toujours place, en quelque hypothèse que ce soit, pour un mélange inconscient de ce qui vient de l’esprit propre avec ce qui est l’esprit de Dieu ».
Mais venons-en à ce qu’il y a de capital dans la lettre du cardinal Billot. J’entends son opinion non plus sur l’authenticité, mais sur la substance du fameux « message » du Sacré-Cœur à Louis XIV.

La question du baptême de la Révolution (VLR)

Parmi les demandes que le message contenait, il en est une surtout, celle que vous marquez expressément, qui passe de bien loin tout ce qu’il semblerait permis de rêver. Car il faudrait un changement si radical dans l’assiette et les conditions générales de la Société française que l’esprit en demeure interdit. Je sais que rien n’est impossible à Dieu, mais nous n’en sommes pas, en ce moment, à estimer ce que Dieu peut de sa puissance absolue.

Nous devons considérer qu’il y a une certaine économie de la Providence actuelle dont Dieu, autant que nous pouvons en juger par l’histoire, entend ne pas sortir, et que le miracle requis pour un drapeau national, au vingtième siècle, portant dans ses plis l’image du Sacré-Cœur, autrement dit, le miracle d’un pays aussi profondément divisé que le nôtre, surtout sur la question religieuse, aussi pourri de libéralisme, aussi féru de l’idée révolutionnaire, venant à accepter dans son ensemble, une pareille alliance de la politique et de la religion dans ce qu’elle a de plus intime et de plus délicat, non, encore une fois, ce miracle-là n’aurait d’analogue en rien dans ce qui s’est jamais vu depuis que le monde est monde, depuis qu’il se fait des miracles sous le soleil, depuis qu’il y a des hommes sujets au gouvernement divin sur la terre.

La question d’une élection divine de la France (VLR)

Je n’ai pas le temps de dire ici tout ce qui me vient à l’esprit. J’ajoute seulement que l’idée d’un drapeau national portant l’image du Sacré-Cœur ne me semble pas même une idée acceptable en soi, pour la bonne raison que le drapeau national n’est pas seulement un drapeau de paix, mais qu’il est aussi un drapeau de guerre. Et pourquoi les Allemands, par exemple, ne se croiraient-ils pas en droit de mettre sur leur drapeau ce que nous mettons sur le nôtre ? Et voilà ce cœur adorable où tous les hommes doivent s’unir dans l’étreinte d’une commune charité, conduisant les Français à l’égorgement des Allemands, et les Allemands à l’égorgement des Français ; est-ce convenable ?

La tentation millénariste (VLR)

Nous dirons encore un mot des promesses. J’ai crié gare à je ne sais quelle nouvelle forme de millénarisme sur la pente duquel nous mettent ces assurances de triomphe sur nos ennemis et sur ceux de la Sainte Église, ce pouvoir d’abattre à nos pieds ces têtes superbes et orgueilleuses des grands, ces abondantes bénédictions sur toutes nos entreprises, etc.

En vérité, ce n’est pas ce que semblent nous promettre les leçons du passé. Ce n’est pas ce que le Sacré-Cœur réservait à Louis XVI, à Garcia Moreno, aux héroïques Vendéens de la Rochejacquelin, de Charette, de Lescure, d’Elbée, de Cathelineau. Enfin, nous ne sommes plus des Juifs d’ancien Testament.

Chimères ! (VLR)

Chimères ! chimères ! chimères qui ont le grand tort de donner le change sur une dévotion admirable, tout entière orientée vers l’acquisition et l’union des vertus surnaturelles et vitam venturi sœculi.

Voilà, bien cher Monsieur, en abrégé, ce que je pense de la question que vous me posez. N’ayant pas le loisir de développer davantage ces quelques idées, je vous prie d’agréer l’hommage du respect avec lequel j’aime à me dire,
Votre très humble et très dévoué serviteur,

Cardinal Billot.

 Conclusion du Figaro

Est-ce que la cause n’est pas désormais entendue ? Je crois qu’elle l’est. Le cardinal Billot aura rendu, par ce lumineux et ferme appel au bon sens, le plus signalé service à l’Église de France que telles extravagances d’un mysticisme dévoyé finiraient par exposer à de graves périls.

Julien de Narfon

Notes :

[1Note de VLR : Si nous admettons volontiers que Louis XIV ne saurait représenter un modèle d’humilité, nous n’adhérons pas cependant à la légende noire que le XIXe siècle en a brossé et dont le cardinal Billot est, comme tous ses contemporains, intoxiqué. Les travaux universitaires de ces dernières décennies — comme ceux d’un François Bluche, et tout récemment d’un Alexandre Maral (avec son livre Le Roi-Soleil et Dieu. Essai sur la religion de Louis XIV) — mettent en pièces bien des préjugés sur ce grand roi.

http://www.viveleroy.fr/L-inacceptable-drapeau-tricolore

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A propos Charte de Fontevrault

Royaliste depuis mon entrée en Faculté de Droit et des Sciences économiques, ce qui est d'ailleurs assez tardif, j'ai découvert ma voie dans le royalisme providentialisme, c'est-à-dire le royalisme de de ceux qui s'en remettent à Dieu du point de savoir qui doit être Son Lieutenant en terre de France. La Charte de Fontevrault assure ce combat quotidien dans lequel elle est loin d'être seule, grâce à Dieu. http://www.sylmpedia.fr/index.php/Charte_de_Fontevrault http://www.sylmpedia.fr/index.php/Alain_Texier http://www.sylmpedia.fr/index.php/Providentialisme
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26 commentaires pour Une pierre jetée dans le jardin des royalistes providentialistes ? « L’inacceptable drapeau tricolore frappé du Sacré-Cœur », par le cardinal BILLOT. La question du drapeau (1918)

  1. Ping : De la raison d'être du CRIL17 - Cril17

    • Hé bien , nous attendrons avec patience l’analyse du CRIL 17…

      • Cril17 dit :

        Merci pour votre patience. Hier dimanche, je n’ai pas eu d’autre liberté que celle d’apercevoir, en lecture TGV, l’intérêt capital de cet article dédié à la lettre du Cardinal Billot dont j’avais entendu parler – elle m’avait été violemment opposée sur l’un des premiers forums Louis XVII – mais sans en connaître tous les détails comme ici.
        Merci à vous et au forum Vive le Roy que je viens de redécouvrir, après l’avoir abandonné il y a maintenant bien longtemps.
        Vous comprendrez facilement tout l’intérêt que j’apporte à la controverse que vous avez réouverte ici, quand vous saurez qu’un concours de circonstances tout à fait imprévisible m’a conduit à faire un arrêt à Loublande, lundi matin 11 juin, sur la route de Nantes à Poitiers, à l’église paroissiale tout d’abord et ensuite à la chapelle des apparitions du Sacré-Coeur à Claire Ferchaud, où j’ai pu assister à la messe, juste après les lectures liturgiques que je n’ai pas entendues.

  2. MA Guillermont dit :

    Beaucoup de soldats , généraux et civils accédèrent personnellement en 1917 à cette demande du Christ à Marguerite – Marie en 1675 …pendant la première guerre mondiale plus de douze millions de drapeaux et fanions français ornés du Sacré-Coeur de Jésus furent portes par les soldats , les régiments etc… et la France remporta la victoire !
    La République fit interdire en 1917 la Consécration personnelle des soldats (sic!)au Sacré-Coeur et le port du Sacré-Coeur (et resic!).
    Méfiance le diable est rusé, il sait comment nous duper !
    N’attendons pas les ordres des Prélats , nous somme prévenus même le Pape peut renier …
    Nous devons obéir aux autorités tant que celles – ci servent l’ordre naturel et divin …
    A l’image des saintes femmes et de la multitude ,soyons prêtes à coudre sur nos étendards le Sacré-Coeur de Jésus , à le suivre quand d’autres ne peuvent ou ne veulent plus le faire sans perdre de temps …à convaincre notre hiérarchie .
    Chacun est libre devant Dieu et en conscience .
    Le Providentialiste laisse pousser l’herbe et les fleurs pour obtenir une prairie agréable à regarder dans un concentré vital d’énergie et de senteurs …
    Les pierres servent au traçage des allées pour le cheminement et la contemplation .

    • Et dans votre belle allégorie que représentent les pierres ? Les mauvais conseils des prélats ? pouvez- vous nous développer un peu tout celà?

      • MA Guillermont dit :

        Plusieurs possibilités s’offrent à nous :
        – ces pierres peuvent représenter des âmes endurcies , des âmes pétrifiées , des coeurs glacés …
        Pour les conseils des Prélats , certains dont le Cardinal Guibert ont approuvé le Voeu de Mrs Alexandre Degentil et Rohaut de F leury de construire une Eglise consacrée au Coeur du Christ « en réparation  » ….(càd en pénitence pour les péchés et les infidélités commises ) l’ont mené à bien et la Basilique de MontMartre a été construite !
        Et les Papes de Rome ont approuvé et étendu le culte du Sacré-Coeur dès 1765 via la Sacrée Congrégation des Rites , Office , Messe , Consécration du genre humain . Désormais , le culte de la dévotion du Sacré-Coeur de Jésus se répandit dans le monde entier !
        La prairie du Seigneur appartient à Pierre , bon Pasteur du troupeau .

  3. Message reçu d’Hervé Volto à une autre adresse.

    Regardant le Sacré Coeur, il est important de connaître LE MESSAGE DE RINJO…
    Le message de Fatima – Centenaire des apparitions de Fatima : RIANJO
    https://www.fatima100.fr/le-message-et…/le-message-de-fatim

    Comme le Roi se repentira de ne pas avoir opéré la consécration de la France au Sacré-Coeur (il s’agit du pauvre Louis XVI en prison), le peuple russe se repentira d ne pas avoir opéré la consécration au Coeur Immaculé de Marie et la Russie répandra ses erreurs dans le monde (le communisme marxiste-lénniniste)…

  4. Cril17 dit :

    Juste après avoir posté mon dernier commentaire voici l’info découverte à l’instant :
    Par Le Figaro.fr avec AFP Mis à jour le 18/06/2018 à 08:24 Publié le 18/06/2018 à 07:54

    Macron sera reçu par le Pape le 26 juin

    http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/06/18/97001-20180618FILWWW00035-macron-sera-recu-par-le-pape-le-26-juin.php

    • Promouvoir de facto un certaine islamisation et le dynamitage de la famille traditionnelle, et EN MEME TEMPS, aller voir s’il n’y aurait pas certaines voix catholiques à récupérer.

    • MA Guillermont dit :

      Quant un antichrist rencontre un faux-prophète , je vois deux mains qui se se serrent pour mieux broyer qui …et pour adorer quoi … ?

    • Capreolus dit :

      Qui se ressemble s’assemble.

      « Rome perdra la foi et deviendra le siège de l’antéchrist. » (Secret de La Salette).

  5. Capreolus dit :

    Le Cardinal Billot fut en effet l’un des plus grands théologiens de son temps. Son traité d’ecclésiologie – son De Ecclesia – est l’un des meilleurs, en la matière. Un excellent antidote contre les hérésies de l’église conciliaire. Un flambeau pour comprendre quelle est réellement la situation présente de la sainte Eglise catholique.

    Signalons le tome II de son De Ecclesia (tome II de l’édition latine, c’est-à-dire le t. III de la traduction française aux éditions du Courrier de Rome), ouvrage spécialement consacré aux « rapports de l’Eglise vis-à-vis de la société civile ».

    Parmi les thèses défendues par le Cardinal Billot, je relève notamment celles-ci :

    « Si l’on fait abstraction de la finis operantis, pour ne plus envisager que la finis operis, on trouve deux fins et deux ordres de moyens. D’une part, le salut éternel auquel se rapportent les moyens d’ordre spirituel, d’autre part le bien de la vie présente, auquel se rapportent les biens d’ordre temporel. Entre ces deux fins il n’y a aucune subordination directe, mais il y a tout de même une subordination indirecte. En effet, le bien temporel dépend du bien spirituel dans la mesure où, loin de lui faire obstacle, il doit se mettre à son service. Le temporel doit veiller à ce que rien n’empêche la réalisation du spirituel et établir les conditions grâces auxquelles celui-ci pourra être obtenu en toute liberté. »

    Cardinal Louis Billot, De Ecclesia, Question 18, n. 1177.

    « Les pouvoirs doivent être subordonnés comme le sont les fins pour l’obtention desquelles ils sont établis. Il est dans l’ordre des choses que le pouvoir temporel soit soumis au spirituel, non pas du point de vue de sa propre fin temporelle, mais du point de vue de la fin spirituelle, dans l’exacte mesure où l’intérêt de la fin spirituelle est engagé dans le temporel et où le secours des armes qui appartiennent en propre au pouvoir séculier s’avère nécessaire pour promouvoir cette fin aux yeux des hommes. »

    Id., Question 18, n. 1183.

    « L’Eglise a reçu du Christ une pleine autorité sur tous les baptisés, afin de les conduire au salut éternel. C’est pourquoi, dans une société chrétienne, le pouvoir séculier est de droit divin indirectement soumis à la juridiction de l’Eglise. »

    Id., Question 18, n. 1194.

    « L’Etat a le devoir de professer la religion. »

    Id., Question 19, n. 1204.

    « L’Etat a le devoir de protéger et de défendre l’Eglise. »

    Id., Question 19, n. 1212.

    « L’Etat a le devoir d’interdire les faux cultes, à moins qu’une véritable nécessité impose la tolérance. »

    Id., Question 19, n. 1218.

    « Pour protéger la religion, et contraindre ceux qui s’y opposent, il est légitime de recourir à la force physique. Ce devoir incombe ordinairement à l’Etat et c’est pourquoi dans les sociétés chrétiennes on le désigne à juste titre comme le bras séculier de l’Eglise. »

    Id., Question 19, n. 1235.

    Voilà le programme du prince chrétien : le règne du Christ-Roi.

    Le programme de Luis-Alfonso est tout autre. Il ne s’en cache pas. Luis-Alfonso, il l’a déclaré expressément en plusieurs occasions, veut pour notre France la Constitution de son tonton Juan-Carlos, celle qui est en vigueur en Espagne depuis 1978. Au programme, donc : pas de religion d’Etat, la liberté de culte pour toutes les sectes possibles et imaginables, et le bras séculier désormais au service de la religion des droits de l’homme. Le tout garanti par un « roi soliveau » : lui-même.

    Le problème, avec l’UCLF et consorts, c’est qu’ils militent pour un personnage qui se contrefiche « royalement » de l’authentique Royauté, et prétend tout au mieux, ni plus ni moins qu’un Orléans, devenir un « roi des Belges » comme les autres au milieu des autres félons et dégénérés du Gotha contemporain.

  6. Capreolus dit :

    La véritable légitimité

    « Si un parti se forme avec la devise : Jésus-Christ roi, le vrai roi fera surgir celui qui réalisera le programme. Il paraîtra investi de la puissance d’accomplir nos vœux ; et il nous donnera des gages de son bon vouloir. Il trouvera une armée prête à le servir ; et nous nous inclinerons devant l’élu de Dieu, de quelque part qu’il vienne.

    « Agir autrement, c’est méconnaître le principe essentiel rajeuni par Jeanne d’Arc : le roi de France, c’est Jésus-Christ ; c’est ne pas entendre les leçons de la révolution.

    « Il voulut que Jésus-Christ fût roi le prince si chrétien [Henri, Comte de Chambord] qui disait : Je veux rentrer en roi pour que Dieu règne en maître.

    « Pourquoi Henri V n’a-t-il pas régné ? Pourquoi Dieu nous l’a-t-il ravi après l’avoir fait si parfait ? Veut-il que nous soyons inexcusables, si nous périssons ? Veut-il pouvoir dire : Je vous avais préparé un sauveur, vous ne l’avez pas voulu. Cessez d’incriminer le quinzième siècle, d’avoir insuffisamment secondé la libératrice [sainte Jeanne d’Arc] ; vous n’avez pas accepté le libérateur, que mes mains avaient fait si beau et si chrétiennement français.

    « Quelque mérité que soit pareille reproche, l’espérance nous défend de nous fixer dans cette désolante pensée. La meilleure manière de réparer notre faute envers Dieu et envers le prince lui-même, c’est d’accepter le programme du gouvernement chrétien si magnanimement défendu par Henri. Il l’a défendu jusqu’à ne vouloir pas de la couronne, si elle ne lui était pas donnée dans des conditions où il pût rétablir le règne de Jésus-Christ. »

    R.P. Jean-Baptiste-Joseph Ayroles, s.j., Jeanne d’Arc sur les autels et la régénération de la France, Paris, 1886, rééd. Saint-Rémi, pp. 369-370.

    Autrement dit, les Orléans ne sont pas illégitimes uniquement parce qu’ils sont des princes cadets, mais bien d’abord et avant tout parce qu’ils ne veulent pas rétablir le règne de Jésus-Christ qui est roi de France.

    Et donc Luis-Alfonso est tout aussi illégitime que les Orléans, d’abord et avant tout parce que, aspirant tout au mieux et lui aussi à être le « roi soliveau » des Loges, il ne veut pas rétablir le règne de Jésus-Christ qui est roi de France. Et ce, toutes choses égales par ailleurs, et donc quoi qu’il en soit de sa très probable ascendance Puig Molto ou de la question Louis XVII.

  7. Pontrieux dit :

    Et le Peuple qui fait tourner la France dans tout ça ? Je pense que vous n’avez pas toute votre santé mentale, messieurs-dames !

    • Monsieur.

      Avant de répondre aux critiques que vous avez esquissées dans votre bref commentaire, puis-je vous demander de prendre connaissance de l’analyse à laquelle conduit le lien ci-aprés ? http://www.sylmpedia.fr/index.php/La_révolution_dite_Française

    • Capreolus dit :

      Qu’est-ce que le peuple ?
      Qui est habilité à parler en son nom ?
      Peut-on encore appeler peuple la masse amorphe qui s’est laissée déposséder – en son propre nom ! – de son patrimoine immémorial, et maintenant jusque de son territoire ?

    • MA Guillermont dit :

      Pardon , Pontrieux , le Peuple travaille … pour payer les frais des déplacés , des rentiers , des retraités , des assistés, des planqués-politisés … et des PRIVILÉGIÉS haut-placés …
      Pour pas grand chose d’ailleurs … il ferait mieux de tourner la page de ceux qui font tourner les tables pour les déloger !

  8. Xavier dit :

    Il est impossible d’apposer le Sacré-Coeur sur le drapeau des francs-maçons.

    • MA Guillermont dit :

      Les premières églises furent bâties sur les temples paiens après la conversion de Constantin …
      Alors coudre un Sacré-Coeur sur ce drapeau bleu/blanc/rouge permet de témoigner de sa Foi … sans rougir , le plus bel ornement pour paralyser leur symbolisme maçonnique …
      Utiliser leur code misérable en le détournant pour le confondre !
      L’héritage de Dieu , c’est la parole , Jésus-Christ est apparu de nombreuses fois a Marguerite-Marie et lui a révélé les désirs de Son divin Coeur et les grâces extraordinaires qu’il brûlait de nous donner … Il n’a pas donné de consignes particulières .
      Rien n’empêche chacun de créer son Étendard , sa bannière , son fanion portant le Sacré-Coeur !
      Quel plus beau signe de ralliement !
      Pour l’Armée du Roi du Sacré-Coeur Henri V de la Croix .

  9. Capreolus dit :

    Lettre du Cardinal Billot au Figaro ?

    Dans un autre article publié sur viveleroy.fr (www.viveleroy.fr/Les-messages-du-Sacre-Coeur-a
    ) MabBlavet questionne l’authenticité des deux messages du Sacré Coeur à sainte Marguerite-Marie Alacoque datant respectivement de juin 1689 et du 28 août 1689.

    MabBlavet s’appuie notamment sur les travaux de l’Abbé Boulin (1875-1933), auteur, sous le pseudonyme I. de Récalde, de l’ouvrage intitulé Le Message du Sacré-Coeur à Louis XIV, et le P. de La Chaise, étude historique et critique, Paris, 1920.

    La lettre du Cardinal Billot, datée du 23 mars 1918, s’y trouve en bonne place, aux pages 15-17.

    Mais il a manifestement échappé à MabBlavet, qui va répétant la chose, que, du moins selon l’Abbé Boulin, dont MabBlavet cite pourtant l’ouvrage (!), la lettre du Cardinal Billot n’était nullement destinée au Figaro ! Ce qui n’est d’ailleurs pas pour nous étonner.

    Voyons en effet comment I. de Récalde, c’est-à-dire l’Abbé Boulin, présente la démarche du Cardinal Billot :

    « En tout cas, l’interprétation qu’on donne aujourd’hui de ces faits et de ces documents a soulevé les réclamations du plus autorisé des théologiens. Son Eminence le Cardinal Billot, bien qu’appartenant à la Société de Jésus, est intervenu, de la façon la plus formelle, contre la systématisation à outrance de certaines données qui, tout entières, reposent sur des bases fragiles.

    « M. de Narfon, dans le Figaro du 4 mai 1918, a publié les extraits d’une première lettre, qui « naturellement » NE LUI ETAIT PAS ADRESSEE [je souligne], ainsi qu’il s’était ingénié à le faire croire. »

    I. de Récalde, Le Message du Sacré-Coeur à Louis XIV, et le P. de La Chaise, étude historique et critique, Paris, 1920, p. 15.

    Quand on se pique de faire la leçon en matière de critique historique, il faut prendre garde à être soi-même irréprochable sur ce terrain… et sur quelques autres !

  10. Capreolus dit :

    Millénarisme ?

    Dans sa lettre du 23 mars 1918, le Cardinal Billot, a en effet « crié gare à je ne sais quelle nouvelle forme de millénarisme ».

    Les adversaires du providentialisme, ravis de pouvoir se revendiquer d’une telle incontestable référence sur le plan théologique (mais pas nécessairement sur le plan historique), et surtout prompts à identifier le providentialisme avec le millénarisme, s’en pourlèchent goulument les babines.

    Mais encore faudrait-il savoir de quoi l’on parle, quand on aborde, du point de vue de la théologie catholique, la question du millénarisme. Sauf que là, du moins jusqu’à ce jour, il ne faut pas compter sur nos anti-providentialistes qui agitent l’accusation (« millénarisme ! ») à la manière de gardes-rouges vociférant un simple slogan, pour nous fournir une quelconque définition de la chose…

    Toutefois, à l’école du Cardinal Billot, puisqu’on prétend se revendiquer de lui, voyons ce que la théologie la plus sûre qui soit admet bien volontiers (et mieux encore) en guise de « prophéties de l’Histoire » (pour reprendre le titre d’un recueil d’écrits du même auteur) :

    « La période de Thyatire est à présent révolue et lui a succédé une cinquième église, celle de Sardes [Apocalypse, 3, 1-6]. Il s’agit de la fameuse cité de Lydie, qui eut pour roi Crésus. […] La période correspondant à cette église offre donc le spectacle d’une décadence. Partout ce n’est qu’apostasie, abandon de la foi. Le plus grand nombre renie la religion, tandis que seule une minorité reste fidèle au Christ. […]

    « Après l’église de Sardes doit venir une sixième qui est celle de Philadelphie [Apoc., 3, 7-13]. Tout ce qui la concerne se présente sous l’aspect du bien, surtout à cause d’un fait d’une très grande importance, insigne et absolument unique entre tous les événements prophétisés depuis le début du monde : la conversion du peuple juif et son entrée dans l’Eglise. […] On doit s’attendre à ce que cette période coïncide avec une expansion prodigieuse de la chrétienté dans le monde entier, avec une victoire sans précédent du Christ et de son Eglise sur la Révolution. »

    Cardinal Louis Billot, De Ecclesia, t. II, nn. 1294-1295.

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