Hommage à Denis Tillinac peut-être bien rappelé à Dieu, trop tôt.

  j’ai reçu ce  beau texte et la non moins belle photo ci-dessous de la part d’un de mes correspondants  WhatsApp que je n’ai pas pu identifier . je le prie en tout cas de  bien vouloir trouver ici mes remerciements.

Mon très cher Denis,

Tu viens de nous quitter. Je suis triste. Très triste. Peut-être étais tu las d’habiter les ruines d’un monde révolu. Peut-être en avais-tu assez d’écrire dans une mélancolie sans fond la chronique de l’irréparable. Je t’emprunte ces mots.
D’autres t’ont rendu hommage. Moi, je veux juste te dire merci.
Le merci de cette terre de France qui collait à tes godasses.
Le merci pour cette plume acérée que je t’enviais. Qu’elle est belle ta plume mon ami ! Le merci pour être venu, un jour de mai 2009, célébrer Jeanne d’Arc à Orléans. Elle t’attendait Jeanne et elle avait raison ! Parce qu’entre-nous, cher Denis, ton discours fut et reste le plus beau de tous. Tu y parlais de l’éternité de Jeanne.
Ami écrivain, la tienne est assurée.
Ce discours le voilà.

Merci Denis.

« Vierge de miséricorde, le royaume de France est à l’agonie. Délivre-le, délivre-nous du Mal !
Ainsi montent vers un ciel sans étoile les supplications des pauvres gens, en écho aux tocsins qui de partout sonnent la géhenne. Ce pays de cocagne est dévasté par l’occupant, les factions à sa solde, les bandits de grand chemin. Triste, triste royaume qu’un Dauphin sans vertu et de peu de foi laisse outrager, comme si le sang de Saint-Louis avait séché dans ses veines. Qu’Orléans assiégée se livre à l’ennemi et la France ira rejoindre Babylone dans l’enfer des damnés de l’Histoire. Les grimoires des copistes nous enseignent que des peuples hauts en couleurs ont eu la vie brève.
Vierge de consolation, épargne ce florilège de clochers qui pour l’amour de toi ont éclos sur nos sillons ! Prends pitié des preux, des pieux, des gueux navrés par la férocité des gens d’armes, la rapacité des seigneurs, l’inertie de ce roi de Bourges dont on se gausse dans Paris. Pitié pour nos moissons, pitié pour nos troupeaux, pitié pour nos chaumières !
C’est aux marges du royaume, dans le cœur ébloui d’une jouvencelle de terroir, que l’Archange bleu des vitraux de nos cathédrales daigne intercéder. Deux saintes et non des moindres confirment le mystérieux appel aux armes qui voue Jeanne de Domrémy au destin de messagère salvatrice. Dix siècles de ferveurs ont enfanté cet enchâssement de la trivialité guerrière dans les nuées du surnaturel. Savante en rien mais droite d’esprit et sûre de son fait, la paysanne se croise devant Dieu, insoucieuse des aléas. Adieu, mon père, adieu ma mère ; adieu monts et vaux printaniers qui promettent aux damoiselles sages des fiancés d’imagerie ! Débute alors l’épopée véridique et météorique qui désormais nimbera les tragédies de l’Histoire de France d’un halo de spiritualité.

Vaucouleurs… Chinon… Poitiers… Blois… Au crépuscule des âges où le merveilleux coulait de source, les pénitents ivres de grégorien et les chevaliers de la Table Ronde ressuscitent sous les traits d’une adolescente venue de loin, venue de rien, cuirassée et armée d’un glaive comme Roland à Roncevaux. Les officiers ricanent, les importants s’offusquent ; seuls les manants s’ébahissent au spectacle inouï d’un cheval blanc monté par un tendron dont les yeux semblent scruter un horizon mirifique.
Le secret confié à Charles VII, c’est la vocation immémoriale d’un peuple qui depuis son aube brumeuse – là-bas, non loin du pays barrois – se veut plus noble qu’un agrégat de tribus. Le secret de Jeanne, c’est l’alchimie de la liberté et de la légitimité, par quoi se transmue en quête d’un Graal universel la défense d’une damasserie d’arpents de verdure. L’ennemi doit être bouté hors les plains et les déliés de nos paysages pour que règne enfin la paix de Dieu, la seule qui vaille. Et seul le Roi peut enrôler les résistants, qu’ils soient d’Armagnac, de Bourgogne, de Lorraine ou d’autres contrées. Il importe, par décret d’au-delà les fausses sagesses, que la France soit française, voilà tout. Les mânes de Vercingétorix et de Du Guesclin coalisées dans l’âme toute fraîche d’un surgeon de notre antique ruralité : par la grâce de ce miracle, le sacre de Reims préfigure Henri IV à Saint Denis, les conscrits à Valmy, les Poilus à Verdun, les marins de l’île de Sein et les marlous de Pigalle à Londres en l’an de disgrâce 1940. Honneur et patrie : rien d’autre.
A Chinon où la vie est douce, les pâles conseillers de Créon avancent leurs raisons raisonneuses et précautionneuses. Mais sous les murailles d’Orléans, c’est la vertu d’Antigone qui prévaut. Ici, sur les berges de ce fleuve de Loire où bientôt va fleurir notre génie bucolique, l’assiégeant veut réduire à merci le peuple orléanais. Fleuve de longue mémoire, hanté de cauchemars sanglants – les hordes d’Attila, puis des Normands -, voici qu’un étendard aux armes déjà brodées par la légende se mire sur tes eaux ! Ville de longue patience, voici le terme de ton calvaire : Orléans cernée, Orléans affamée. Orléans libérée par l’intrépidité d’une vierge maculée de sang, détachée comme par enchantement d’une enluminure gothique pour exalter à la Bastide des Tourelles l’ardeur des troupes de Dunois. Victoire de la légitimité des Justes sur la légalité des notables ! Victoire de droit des gens de peu sur le vil instinct de prédation qui toujours sait négocier la caution des juristes ! Victoire à terme de la France : à Castillon *, le fantôme ailé de Jeanne survolera l’autre fleuve ; la piété des simples le confondra avec l’archange Saint-Michel. Plus tard, plus loin, il se profilera en ombre blanche dans le sillage de Leclerc autour de la citadelle de Koufra. Peut-être aperçoit-on encore l’ombre de son ombre divaguer entre les tours de Sainte-Croix, certains soirs du mois de Marie.

« A présent il fait nuit pour le repos du monde
Les femmes d’Orléans dorment dans les maisons »
Vision douce comme une berceuse d’une trêve des carnages, égrenée en mots de tous les jours par le fils de la rempailleuse beauceronne. Le dénouement, hélas, valide sa sentence : prologue mystique, épilogues politiques. Basse politique après les chevauchées épiques de Jargeau, de Meung, de Beaugency, de Patay. Basse diplomatie après les trahisons de Compiègne. Gens de cour et d’église préméditent l’infamie d’un procès pour maquiller en théologie gloseuse et menteuse leur haine de la grandeur. Basse revanche sur un bûcher de la politique sur la mystique ? Non, Jeanne de France, la lâcheté ne se paye qu’en fausse monnaie ! Tandis que les flammes brûlent à vif ton pauvre corps gamine, l’horrible solitude qui t’oppresse n’est grâce à Dieu qu’une illusion. La pire avant l’apothéose. Quoi de plus poignant que ta nostalgie, suggérée au naturel par ton chantre le plus inspiré ?
O maisons de mon père où je filais la laine
Où les longs soirs d’hiver, assise au coin du feu
J’écoutais les chansons de la vieille Lorraine,
Faut-il que je te dise un éternel adieu ?
Adieu sans doute, mais l’éternité t’appartient. Car sous les ciels variables de la patrie, quand les clochers de jadis, de naguère et d’aujourd’hui sonnent l’Angélus de Millet, c’est un hymne à ta gloire – et le lyrisme de Michelet épouse les incantations de Péguy pour clamer notre infinie gratitude.
Pour votre seul amour, j’ai quitté mon vieux père
Ma campagne fleurie et mon ciel toujours bleu…
Ces vers d’une autre vierge, Thérèse de Lisieux, murmurent de sainte à sainte les accointances de la France avec une royauté qui se joue des frontières de ce monde. Ceux qui n’y croient pas te vénèrent néanmoins et ce miracle-là, toi seule pouvait l’accomplir. Par le mystère de ton génie, par la grâce de ton innocence, les Te Deum du fond des âges ont avant l’heure les accents d’une Marseillaise. Honneur et patrie. Rien d’autre, tout est dit, n’en déplaise aux bourreaux de Rouen. Gloire ici-bas et gloire là-haut à la plus pure de nos héroïnes. Petite Jeanne, le peuple de France, enjouvencé par ta candeur et ennobli par ton courage, ce vieux peuple de laboureurs et de bretteurs, toujours démaillé par les habiles et toujours ravaudé par une Providence, ce peuple te rend humblement hommage, et ne cessera jamais de te dire merci du fond de son cœur.
Vive Jeanne d’Arc pour que vive la France ! »
Denis TILLINAC
Orléans, 8 mai 2009.

NDLRB. * La bataille de Castillon à laquelle il est  fait référence dans l’article eut lieu le 17 juillet 1453 entre les armées de Henri VI d’Angleterre et celles de Charles VII de France. Cette victoire décisive pour les Français est l’avant-dernière bataille de la guerre de Cent Ans. https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Castillon

A propos Charte de Fontevrault

Né à Loudun (Anjou) le 17 décembre 1945, dans une fratrie de trois garçons dont j'étais le cadet, et royaliste depuis mon entrée à la Faculté de Droit et des Sciences économiques de Limoges, ce qui est d'ailleurs assez tardif, j'ai découvert ma voie dans le royalisme providentialisme, c'est-à-dire le royalisme de de ceux qui s'en remettent à Dieu du point de savoir qui doit être Son Lieutenant en terre de France. La Charte de Fontevrault assure ce combat quotidien dans lequel elle est loin d'être seule, grâce à Dieu. http://www.sylmpedia.fr/index.php/Charte_de_Fontevrault http://www.sylmpedia.fr/index.php/Alain_Texier http://www.sylmpedia.fr/index.php/Providentialisme
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4 commentaires pour Hommage à Denis Tillinac peut-être bien rappelé à Dieu, trop tôt.

  1. Marie-Agnès Lacour dit :

    Certes rappelé trop tôt . C’était un honnête homme dans le sens du XVII ème siècle même s’il était chiraquien à mort . On le regrettera

  2. Irène Pïncemaille dit :

    Texte magnifique (à qui on pardonnera les « soldats de l’an II », Valmy etc…). Hé oui, quel dommage qu’il ait fréquenté Chirac qu’on voit mal se référer à un tel texte !!!
    Je vais le tirer et le garder.
    Amitiés à tous

  3. Pattier Patrick dit :

    HONTE A VOUS DE CHIALER CETTE ORDURE GAULLARDE MAIS COMMENT PEUT-

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